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Homélie de Mgr REY – 27 Oct 2019

Monseigneur REY était à Rome fin octobre. Il a prononcé une homélie à l’église de la Trinité-des-Pèlerins. À lire ci-dessous, et à méditer sans modération !

Rendre témoignage à la vérité

Laudetur Jesus Christus !

« Je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. »

Ces paroles de Jésus, relatées par l’Evangile de Jean au cours de la Passion et que l’on retrouve dans l’Evangile de ce jour, sont plus que jamais actuelles ;

Dans un contexte relativiste et subjectiviste qui nie toute certitude dogmatique, éthique, anthropologique et où l’opinion à la solde des médias est guidée par des opinions fugaces selon ses intérêts ou ses fantasmes… le mot « vérité » est radicalement discrédité.

Le Christ se définit lui-même comme « la Vérité ». Il est la Vérité. Il l’incarne. Il la révèle. Il la proclame. Une vérité qui tient de son union consubstantielle à son Père et dont il veut rayonner sur le monde, sur chaque personne humaine afin que chacun puisse à son tour, « être en vérité » sous le regard de Dieu.

Au cours de la Passion, nous voyons que cette Vérité qu’est le Christ n’a pas d’autre défense qu’elle-même. Et au fur et à mesure que le visage de Jésus va être défiguré, son corps roué de coups et lacéré, qu’il sera dépouillé de tout… plus cette vérité de son être qui est l’Amour divin, va transparaître, comme une pièce de tissu usé qui laisse plus facilement traverser la lumière.

La liturgie a pour vocation de manifester et de partager cette vérité du Christ. Elle le fait à travers une pédagogie de la foi qui conjugue la convocation et le rassemblement de la communauté autour du mystère pascal, la prière de toute l’Eglise, la proclamation des Ecritures, l’enseignement par la prédication du contenu de la foi, la grâce sacramentelle qu’elle propose aux fidèles, la beauté des chants, la sacralité des sites, la richesse des symboles, la profondeur du silence d’adoration. Tout le corps, tous les sens, toutes nos facultés, toute notre intelligence sont mobilisées pour entrer dans le monde de Dieu, pour pénétrer dans le mystère divin et y adhérer.

Cette pédagogie liturgique unit lex orandi et lex credendi, à tel point qu’offenser l’une, c’est disqualifier l’autre. On a pu ainsi constater après le Concile, à cause de l’inadéquate interprétation qui en a été faite, que la rupture avec notre héritage spirituel et doctrinal, s’est traduit parfois par une dégradation, une dévaluation de la vie liturgique, en particulier de la célébration eucharistique, « source et sommet de la vie et de la mission de l’Eglise », selon la formule bien connue de Vatican II.

La liturgie a été alors vécue d’une manière plus phénoménologique que théologique. Elle a été perçue du côté des actes extérieurs du culte comme l’enveloppe des sacrements sans que l’on puisse toujours bien saisir l’unité constitutive entre rite et sacrement. D’où ces tentatives de désacralisation de la symbolique liturgique, de la fabrication des rites qui semblaient plus adaptés et compréhensibles aux auditeurs, de la promotion d’une nouvelle esthétique en se servant de l’idée de la participation plus active des fidèles pour en arriver à une autocélébration de l’assemblée ou à une théâtralisation qui relève plus du divertissement…

Christian liturgy is the salvific act of Christ exercised in his name in the Church, and of which he guarantees the efficacy. The liturgy is the prayer of Christ and of the Church. It is not to be used as one pleases. It is not to be formed according to one’s tastes or opinions. It is the first obedience that our fidelity to the Church requires: that we are immersed in the forms and expressions, the gestures and words, of its praise, of its supplication, of its docility to the work of the Holy Spirit in her.

(La liturgie chrétienne est l’acte salvifique du Christ exercé en son nom dans l’Eglise, et dont il garantit l’efficacité. La liturgie est la prière du Christ et de l’Eglise. Nous n’en disposons pas à notre guise. Nous ne la construisons pas au gré de nos goûts ou de nos opinions. Elle est la première obéissance que réclame notre fidélité à l’Eglise : nous inscrire dans les formes et les expressions, les gestes et les paroles, de sa louange, de sa supplication, de sa disponibilité à l’œuvre de l’Esprit Saint en elle.)

« La participation active, consciente et fructueuse » (mots que je reprends de Sacrosanctum Concilium) doit commencer par une catéchèse mystagogique pour accéder à une intelligence de la vie liturgique, redécouvrir le sens du Mystère divin tout autant que de savoir l’exprimer par nos chants, nos postures physiques… Dans un univers de post-chrétienté, qui n’a plus accès et la connaissance culturelles des rites chrétiens, cette initiation pédagogique à la liturgie devient une urgence afin que les nouvelles générations puissent, par la liturgie, se couler dans la prière de l’Eglise, et rapporter notre prière à la sienne.

La Chiesa, prolungando nella storia la persona e l’opera di Cristo, con la liturgia offre a Dio un culto perfetto. É la dimensione ascendente della liturgia. Ma allo stesso modo, nella e con la liturgia, Cristo continua ad esercitare il suo ufficio sacerdotale, e santifica gli uomini. É la dimensione discendente della liturgia.

(L’Eglise prolongeant dans l’histoire la personne et l’œuvre de Jésus-Christ, offre un culte parfait à Dieu, par la liturgie. C’est la dimension ascendante de la liturgie. Mais également, dans et par la liturgie, le Christ continue d’exercer son office sacerdotal et sanctifie les hommes. C’est la dimension descendante de la liturgie).

Le Mystère que l’on célèbre dans la liturgie n’est pas seulement une vérité que l’on proclame ou bien un fait passé que l’on évoque, mais un événement de salut qui s’accomplit parmi nous et qui nous rejoint dans l’actualité de notre existence terrestre pour la sanctifier et la transformer.

« Je suis venu dans le monde rendre témoignage de la Vérité. » La liturgie fait écho à cette parole de Jésus en soulignant 3 certitudes fondamentales pour le contenu de notre foi.

D’abord, la liturgie atteste que Dieu est parmi nous, au milieu de nous. Alors que tant de nos contemporains ont écarté l’idée de Dieu ou pensent qu’il s’est absenté de la vie du monde, ou qu’il est insaisissable, chaque célébration eucharistique affirme la présence réelle, substantielle et continuée du Christ au milieu de son peuple. Le St Curé d’Ars s’écriait en contemplant l’hostie : « Il est là, Dieu est là. »

Ensuite, la liturgie est le lieu et le principe de la communion ecclésiale. Elle souligne que Dieu nous unit. Dieu entre nous. En particulier toutes les œuvres et apostolats, tous les services de charité et de fraternité se déploient par cercles concentriques à partir de l’eucharistie et dans son rayonnement. La communion ecclésiale est eucharistique et chaque messe est une incorporation au Christ. En mangeant le même pain, devenu Corps du Christ, nous sommes arrachés à notre individualité fermée, à notre existence solitaire, à la privatisation, à l’atomisation de notre existence individuelle. Nous sommes identifiés au Christ et par la communion au Christ, associés les uns aux autres, rendus frères. Communier au Christ, c’est communier les uns avec les autres. Nous ne nous retrouvons plus juxtaposés les uns à côté des autres, chacun vivant pour soi-même. Aucun projet social, aucun acte de solidarité ne peut atteindre un tel degré de communion.

Cette incorporation au Christ s’accomplit par engendrement. Elle est le fruit d’un sacrifice. En livrant son Corps, en versant son sang, le Christ repère et réunit en un seul corps, son Eglise, une humanité séparée, fragmentée, dispersée.

Enfin, le troisième témoignage que la liturgie nous permet d’offrir au monde, c’est d’affirmer que Dieu vit non seulement parmi nous, entre nous, mais qu’Il est en nous.

St Augustin exprime le sens de cette intériorisation en parlant de l’eucharistie. Il dit que ce n’est pas nous qui assimilons cette nourriture spirituelle, mais c’est elle qui nous assimile en elle, de sorte que nous prenons la forme du Christ, que nous devenons « un » en Lui, comme le rappelle St Paul. La Parole de Dieu et l’eucharistie opèrent une transformation qui fait que par les paroles consécratoires, le pain devient le Corps du Christ, le vin devient le Sang du Christ.

Face à tous les fatalismes, les scepticismes et les résignations qui doutent que le monde puisse changer, face à tous ceux qui réduisent la foi à une morale d’amélioration, d’effort volontariste et de bonne volonté, l’Eglise proclame, au nom de l’Eucharistie, que notre vie, que notre monde est appelé à une transformation, à une transsubstantiation, selon les termes de saint Thomas d’Aquin, que la Tradition de l’Eglise a fait siens. Les Pères de l’Eglise utilisaient le mot de « conversion ». Cette conversion n’est crédible que parce que Jésus opère déjà cette transformation à chaque eucharistie.

Oui, par la liturgie, notre vie est transformée. La grâce de Dieu en nous épouse les contours de notre existence et s’empare de nos fragilités pour nous faire accoucher d’une existence nouvelle. Cette appropriation à la fois personnelle et communautaire de l’œuvre du salut accomplie par le Christ qui nous prend dans son élan pascal, donne à notre existence une « forme eucharistique », disait le pape Benoît XVI. La vérité de Dieu s’inscrit en nous et nous transfigure dans notre relation à Dieu, aux autres et à nous-mêmes.

Cette « vérité qui nous rend libres », disait Jésus, nous l’accueillons, nous la partageons, nous la vivons grâce et par la liturgie. Elle est « le chemin de croissance », disait récemment le pape François, de rencontre avec le Seigneur dans la célébration de ses mystères et l’attente de sa venue glorieuse.

In nomine Patris , et Filii et Spiritus Sancti.

+ Dominique Rey

19/20 octobre 2019

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